Les joies et les écueils de l'auto construction

Presse - 8 janvier 2018

Si les motivations et le bonheur que procurent l’auto-construction sont indubitables, il n’en demeure pas moins que cette aventure est souvent celle d’une vie.

Quelles sont les motivations ?

- L'aspect financier

- Le bonheur de construire son lieu de vie comme on le rêve, a son rythme : le plaisir du Do It Yourself

Il est vrai qu’internet regorge de tutoriels, pour tout, parfois même plusieurs techniques différentes pour une même réalisation avec les mêmes ingrédients. Les éditeurs ne sont pas en reste avec une littérature abondante sur toutes les problématiques.

Les négoces et autres distributeurs ne sont pas non plus avares de conseils et de fiches diverses, matériau par matériau, poste par poste.

Les fabricants n’ont de cesse de mettre sur le marché des matériaux plus faciles les uns que les autres à mettre en œuvre.

Qui, avec tant de soutiens et aides, douterait d’arriver au bout du projet ? Ajoutons à cela l’envie de faire ensemble, avec son compagnon ou sa compagne, aidé par le bon copain ou le beau-frère, retrouver l’ambiance d’autrefois, quand les hommes s’entraidaient et d’un coup, on comprend que l’auto-construction peut aussi nourrir le mental.

Des économies possibles avant même de commencer les travaux

L’Achat du terrain : la recherche personnelle par démarchage, bouche à oreille, petites annonces sur des sites spécialisés, découverte directe et in situ de pancartes “à vendre” permet des économies, particulièrement celle des coûts liés aux frais de courtage d’un agent immobilier ou de viabilisation d’un lotisseur.

La Conception de la maison : les plans nécessaires pour le dépôt de PC peuvent être réalisés soi-même, de nombreux logiciels sont disponibles, au demeurant plutôt bien faits et d’une utilisation assez simple pour qui est aguerri à l’informatique.

Les calculs thermiques : comme pour le dessin des plans, des logiciels sont disponibles pour réaliser tous les calculs nécessaires à l’accompagnement de la demande de PC. Il faut cependant garder en tête que les calculs devront être validés par les résultats …

L’étude préalable : un architecte, un maître d’œuvre par délégation ou un constructeur factureront des coûts d’études et de démarches administratives. Les travaux objets de ces surcoûts peuvent être réalisés soi-même. Nous y classerons, entre autres, la demande de Certificat d’Urbanisme, la demande de Permis de Construire, l’étude thermique obligatoire dans le cadre de la Réglementation Thermique RT 2012, les démarches près du SPANC en cas d’assainissement non collectif. Toutes ces démarches et/ou pré-études peuvent effectivement être réalisées soi-même, avec les limites de la législation, par exemple un Permis de Construire pour une construction dépassant 150 m2 de plancher est soumise à l’obligation du recours à un architecte.

Les économies liées au chantier lui-même

Le poste des matériaux : faire le choix du local. Un constructeur, un artisan, une entreprise générale vont prendre une marge sur les produits utilisés et mis en œuvre.C’est normal, cela représente pour eux des sommes immobilisées. C’est aussi du temps consacré, une prise de risque en cas de vol sur chantier avant pose, bris lors du transport ou de la mise en œuvre et, légitimement, la marge nécessaire au bon équilibre financier de l’entreprise. Un particulier ne facturera pas son temps, assumera le risque de transport ou vol (son temps n’étant pas compté, il peut alimenter son chantier au fur et à mesure de ses besoins) et, financièrement, l’avance de trésorerie n’engendre pas, pour soi-même, de gros frais financiers.

La principale économie : la main d’œuvre. C’est là le plus gros poste d’économie possible. Le prix facturé, pour un électricien ou un plombier chauffagiste, se partage à peu près par 1/2 entre les fournitures et la main d’œuvre. Ce rapport est environ de ⅓ pour la fourniture et ⅔ pour la main d’œuvre pour un charpentier. Il est encore plus élevé pour la peinture. Il est donc légitime, pour qui en a le courage, la santé, la force, le temps et les compétences, de vouloir en faire l’économie.

Le courage, la santé, la force, le temps et les compétences

Au-delà des motivations, tant aspirations intellectuelles que volonté de réduire les coûts, voyons un peu les qualités nécessaires.

Le courage : vouloir relever un tel défi nécessite un peu d’inconscience et beaucoup de courage. L’inconscience n’est pas, en soit un handicap, mais doit quand même être compensée par des moments, nécessaires, de lucidité …Il y aura forcément des moments de lassitude, de découragement. Il faut tenir !

La santé : des auto-contructeurs(trices) de santé précaire et/ou handicapés sont arrivés au bout de l’entreprise. Ils sont la preuve vivante que se surpasser est possible. Pour certains ça a même pu être une forme de thérapie. Pour autant, être d’une bonne constitution physique est un avantage considérable, n’est pas surhomme qui veut !

La force : des auto-constructeurs(trices) frêles, bien loin de l’image de déménageur que l’on se fait parfois des travailleurs manuels … sont, eux(elles)-aussi arrivés(es) au bout de leur rêve. Par contre ils ont, généralement, dû compenser par un courage hors-norme et une ingéniosité elle-aussi, hors-norme.Il leur a fallu, souvent, plus de temps, mais pour qui n’a pas de contrainte de cet ordre, ce n’est pas rédhibitoire.

Les compétences : certains auto-construisent avec des matériaux natifs, extraits ou collectés sur place, d’autres mettent en œuvre des matériaux autrefois dédiés à d’autres usages (la paille dans les murs par exemple). Toutes ces techniques sont aujourd’hui éprouvées et maîtrisées, parfois même normées. Enfin, une grande partie des auto-constructeurs construisent leur maison selon des techniques très courantes et conventionnelles : parpaings de béton, murs à ossature bois … De nombreux stages, organisés le plus souvent par des associations de passionnés, sont proposés, des matériels, autrefois nécessairement empruntés (lorsqu’on connaissait un heureux propriétaire de la chose) peuvent aujourd’hui être facilement loués. De nombreux ouvrages traitant de toutes sortes de sujets et matériaux ont été écrits par des sachants qui, ainsi, mettent leur savoir au service de qui veut bien les lire. On trouve sur internet des tutoriels pour quasi chaque ouvrage à réaliser, parfois même plusieurs techniques différentes sont proposées. Les boutiques de matériaux ne sont pas avares de conseils, certains proposent même des fiches thématiques. Les fabricants rivalisent d’inventivité pour nous proposer des matériaux plus faciles les uns que les autres à mettre en œuvre. Beaucoup des candidats à l’auto-construction peuvent s’appuyer sur les connaissances ou l’expérience d’un beau-frère ou d’un copain qui a quelques compétences dans un domaine ou un autre … Tout ou quasi tout est plus facile qu’autrefois.

Le temps : “Pas de souci, nous vivrons sur le chantier …” C’est évident que cette option est un moyen de limiter le coût, ne serait-ce qu’en limitant le double débours que pourraient être une location et un remboursement de crédit concomitants. Beaucoup d’auto-constructeurs(trices) l’ont vécu et y ont survécu.

Quels sont les principaux risques de l’auto-construction ?

L’achat du terrain : le choix irrémédiable. S’il est parfois fait état d’agent immobilier “véreux”, les particuliers vendeurs ne sont pas forcément non plus des anges. Il est nécessaire, en cas de terrain diffus, de bien veiller à la véracité des affirmations, tant sur la nature du sous-sol, que sur les risques naturels ou la présence effective des réseaux … Un professionnel représente un coût mais il pourrait  aussi être votre conseil dans l’acte d’achat.

La conception : des idées à la réalité, pas toujours facile ! Avoir visité des maisons, regardé celle des autres, apprécié tel ou tel élément, honni tel ou tel autre permet de se faire une idée de ce qui serait bien, est-ce suffisant pour bien concevoir ? Savoir positionner une maison sur un site en fonction de son orientation, de la topographie des lieux, des accès, des réseaux n’est pas forcément aussi simple qu’il peut sembler. Ajouter à ces points délicats la répartition, l’organisation des pièces complexifie encore l’équation. Penser et organiser les réseaux intérieurs, intégrer des éléments d’inertie et/ou d’occultation des rayons lumineux, encore quelques variables supplémentaires. Se tromper ici peut représenter un coût bien supérieur à l’économie du concepteur, une erreur de conception peut ne pas être rattrapable, ou à tout le moins, difficilement.

Les calculs thermiques : aux mains des experts. Comme pour la conception, le calcul n’est que la résultante de choix préalables. Ces choix se font sur la connaissance de multiples matériaux et agencements possibles. Se tromper ici engendrera des surcoûts d’exploitation durant de nombreuses années. Il ne faut pas oublier que les professionnels écartés, à commencer par les architectes et les techniciens divers, ont suivi des années d’étude et qu’ils y ont acquis des savoirs. Les écarter peut vite s’avérer très pénalisant.

Les économies sur le chantier même

Les matériaux : la durabilité se paie. Certes un professionnel prend une marge sur les matériaux cependant, généralement, il les achète moins cher qu’un particulier, ce qui est normal vu les quantités qu’il consomme annuellement. Certains matériaux et matériels ne se vendent que dans les réseaux professionnels. Des fournitures de marque de distributeur ou low costs peuvent, au 1er abord, sembler de qualité équivalente à des fournitures plus chères ailleurs. Ce n’est que rarement le cas. Nous l’avons testé et constaté, entre autres, sur des peintures et des parements de bois. La surconsommation possible peut annuler l’économie escomptée, il peut s’avérer nécessaire de “reprendre” ces travaux plus rapidement, là aussi c’est un cas courant  avec des peintures.

Le matériel : un minimum est nécessaire. Qui dit mise en oeuvre de matériaux, dit outillage. leur maîtrise n’est pas toujours aussi facile qu’il y paraît, l’apprentissage pouvant prolonger les mises en oeuvre. Recourir à certains outils peut permettre de ménager la forme  physique des intervenants.Si, aujourd’hui, beaucoup se trouvent en location (chez des pros, ou entre particuliers), c’est un coût qu’il ne faut pas négliger dans les travaux.

L’assurance des travaux réalisés

Pour clore ce dossier, il est une question qu’il faut aborder : les obligations d’assurance pour tous travaux réalisés sur un bâtiment d’habitation que celui-ci soit neuf ou qu’il s’agisse d’une rénovation.

Selon leur nature les travaux doivent être couverts par une assurance d’une durée de 2 ou 10 ans, d’où l’appellation courante d’assurance biennale ou décennale.

Le consommateur qui décide de faire réaliser des travaux de construction, devenant à cette occasion maître d’ouvrage, doit souscrire une assurance de dommages obligatoire, dite de « dommages-ouvrage », comme en dispose l’article L.242-1 du Code des assurances. Et son coût n’est pas négligeable, puisqu’il peut représenter de 1,5 à 3% du prix de la construction !

Et les assureurs sont relativement frileux de couvrir des chantiers réalisés par des non-professionnels, non par que les travaux pourraient être mal faits, mais qu’il n’a aucune garantie d’un savoir-faire maîtrisé.

Tous les travaux ayant trait au gros œuvre ou causant une gêne à l’exploitation en cas de besoin de reprise doivent être assurés pour les 10 ans qui suivent la déclaration d’achèvement des travaux. Il s’agit d’une déclaration obligatoire qui sera sanctionnée par la validation ou non des travaux réalisés selon qu’ils seront reconnus ou non, conformes à la demande et ne présentant pas d’anomalie. Dans le cadre d’une auto-construction, cette démarche est réalisée par le maître d’ouvrage (le propriétaire) auprès de sa mairie.

En cas de vente de l’immeuble avant 10 ans, il est nécessaire de fournir une assurance à l’acheteur. Certes, si l’auto-constructeur demeure dans les lieux plus de 10 ans, il ne se fera un procès à lui-même, mais qui, au moment où il fait les travaux, maîtrise ce que seront ses 10 prochaines années ?

Aucune clause ne peut dégager le vendeur de sa responsabilité jusqu’au terme des 10 ans en question.

Conclusion

Oui, il est possible de réaliser des économies en auto-construisant, mais le risque n’est pas négligeable de devoir faire face à des difficultés.

Si nous pouvons donner quelques conseils, ils seront les suivants :

  • bien appréhender les coûts,
  • ne pas considérer que savoir dessiner une maison c’est savoir organiser son intérieur de façon logique, savoir tirer le meilleur parti du terrain et de son environnement,
  • bien évaluer les besoins en temps, rajouter un peu pour les impondérables,
  • limiter les coûts prévisionnels à 90% des moyen financiers disponibles, ceci permettra de faire face aux éventuels impondérables,
  • bien prendre le temps de réfléchir à l’avancement des travaux,
  • ne pas penser que, suite à quelques visionnages de tutoriels ou à la participation à quelques chantiers participatifs, un particulier devient l’égal d’un pro,
  • le temps consacré à la réflexion est, bien souvent, du temps et de la peine économisés à la réalisation,

Source : build-green.fr